T’es hoministe, toi?

Coincée dans le plus grand canapé de mon coffee shop préféré, je rêvasse en attendant mon rendez-vous de cette fin d’après-midi. Mon livre du moment, une B.D. biographique sur Benoîte Groult, traine fièrement sur la table, alors que je m’offre 30s de romantisme « Est-ce que le barista fait un cœur en nuage de lait à chaque cliente ? ou seulement à celles qui viennent tous les matins petit-déjeuner ici ? » 35s plus tard je reviens du nuage « le cœur, bécasse, c’est le plus facile à faire. De toute façon, l’arbre c’est plus joli » 40s plus tard:

« Bonjour ça va »

« Bonjour, oui, très bien, et vous » – mon rendez-vous est là, je me redresse de ma sieste en canapé.

« Tiens tu lis ca toi » s’exclame-t-il en voyant mon livre « t’es féministe ? »

Quoi ? What ? Wass ? Mais elle vient d’où cette question, abrupte et à bout portant…

« Pardon? Et toi, t’es «  hoministe ? » Féministe ou les deux ? »

C’est vrai quoi. Me demander si je suis une féministe, c’est comme demander à un homme si il est un « hoministe », un défendeur des droits de l’homme, avec un petit h. Féministe ou « hoministe,» « huministe » m’irait mieux, car avec mes propos de féministe, je ne fais pas plus que de défendre le droit de l’Homme, avec un grand H cette fois, l’Homme, l’Humain. C’est tellement plus simple en anglais… on parle de « Human rights » et oups, plus besoin de petit ou de grand h, nous voilà tous à la même soupe linguistique, à rechercher une égalité de droits et de choix. Et une fois dans la même soupe, plus besoin d’étiquette. Et sans étiquette… plus de cartes pour s’y retrouver.

C’est tout de même fascinant cette société que nous avons créé qui s’acharne à mettre l’accents sur nos différences en créant toutes ces kyrielles de catégories -homme, femme, féministe, cerveau droit, cerveau gauche, célibataire, intellectuelle, extraverti, introverti, indépendant, inconsolable, borderline, HAD… et pour ensuite mettre l’accent sur nos similitudes en voulant nous faire à tout prix rentrer dans toutes les moyennes pondues par les statistiques. 100% de féministes sont des femmes ! Et bin non, ce n’est même pas vrai, il y a au moins 1 ou 2 % de féministes –des défenseurs des droits de la femme- qui sont des hommes.

Ouf… j’ai eu peur qu’on me retire ma boite de célibataire, droitière, expatriée, french, extravertie, sportive, scientifique, lunatique… mais surtout une femme au minimum élitiste -une féministe, ou une femme au minimum activiste -une féministe, ou une femme au minimum altruiste –une féministe… on pourrait presque s’y perdre.

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